Half Moon Run

- NEW ALBUM OUT NOW -

« Le véritable coup de chance que nous avons eu avec ce groupe a été de nous rencontrer », dit Conner Molander de Half Moon Run. Cela fait près de dix ans que la formation rock indie montréalaise existe et le groupe est actuellement en tournée pour défendre son troisième album, A Blemish in the Great Light (Glassnote), et la tentation de regarder vers l'avenir est aussi risquée que l'attrait de regarder en arrière. Molander semble optimiste. Il fait une pause, puis ajoute : « Même si ça prend un peu de chance, c’est surtout à nous d’y mettre le travail et les efforts nécessaires, c’est notre responsabilité. Il serait impossible de bien vivre avec nous-mêmes si nous ne nous consacrerions pas entièrement au projet. »

C’est un peu sur un coup de chance que Half Moon Run voit le jour. Molander et Dylan Phillips – tous deux étudiants, nouveaux arrivants dans la métropole montréalaise et originaires de Comox sur l’île de Vancouver – croisent le chemin de Devon Portielje, fraîchement débarqué d’Ottawa. Ainsi le groupe voit le jour en 2009 dans le Mile End. En 2012, ils incorporent un quatrième membre, également originaire de Comox, Isaac Symonds, pour intensifier leurs prestations live.

Depuis le début, le modus operandi du groupe se décline à travers la musique : pratiquer, composer, jouer. Les quatre membres sont des multi-instrumentistes en plus d’être chanteurs : chanteur principal, Portielje joue également de la guitare, du piano et des percussions ; Molander chante et joue de la guitare, du clavier, du piano, du « pedal steel », de la basse et de l'harmonica ; Phillips chante et joue de la batterie, du piano et du clavier ; Symonds chante et joue de la batterie, de la mandoline, du synthétiseur et de la basse.

Quand il s’agit de décrire Half Moon Run, le mot qui revient constamment est « complexe ». The Guardian, Exclaim! ou encore les fans, nombreux sont ceux qui accolent cette étiquette à la formation montréalaise. Qu’on l’associe à une pop alternative, à un folk bucolique ou encore au rock indie psychédélique, c’est sur une formation classique et des influences sans limites que le quatuor bâtit sa réputation grâce à des arrangements et des harmonies autant spirituels que funambulesques. Des compositions qui sonnent joliment à nos oreilles avant de s’emparer complètement de nos êtres.

Dans son obscur local de pratique du Mile End, travaillant ses premières chansons avec acharnement, le groupe décrit le « jamming » comme étant, entre autres, une sorte d'expérience de collaboration sous- corticale où se mêlent confiance et tensions interpersonnelles. Ce qui décide rapidement les protagonistes à prendre de plus grands risques en abandonnant leurs études, en accumulant des dettes et en tirant un trait sur les efforts entrepris pour des carrières plus sécuritaires.

« Ce doit sûrement être la force du désespoir qui a fait en sorte que quelque chose se soit passé », dit Molander. « Parce que nous savions très peu ce que nous faisions. À l'époque, je savais à peine comment accorder une guitare. » La signature d’un contrat avec le label indépendant montréalais Disques Indica, qui sort l’album Dark Eyes au Canada et en Australie en mars 2012, constitue un événement totalement inattendu pour la formation.

Moins d'un an plus tard, Half Moon Run donne déjà plusieurs spectacles à travers le monde. La BBC Radio 1 alimente ce « buzz HMR » avant la venue du quatuor à Londres. Lors d’un de ces spectacles au Royaume-Uni, Ben Lovett de Mumford and Sons est présent. Après quelques whiskies dans les loges, il offre à Half Moon Run d’ouvrir pour son groupe à l’occasion d’une tournée d’arénas le printemps suivant. Dans la foulée, il signe également la formation sur son label Communion, décrivant Half Moon Run comme « potentiellement l'un des groupes les plus importants lançant un premier album cette année ».

Dark Eyes a été ré-enregistré, remasterisé et ressorti mondialement en 2013. Le prestigieux magazine américain Rolling Stone mentionne Half Moon Run comme un « groupe à surveiller », tandis que le non moins prestigieux NME qualifie l’album de « tranquille et prenant ». Deux extraits de Dark Eyes atteignent la liste A de la BBC Radio 1 avant que ce premier album se voit certifier platine au Canada. Les singles “Full Circle” et “Call Me In The Afternoon” issus de ce premier album sont également certifiés or au Canada.

Deux ans de tournées mondiales intensives s’ensuivent, non seulement en première partie de Mumford and Sons, mais également de d'autres groupes internationaux tels City and Colour et Of Monsters and Men. Half Moon Run fait aussi sensation dans plusieurs grands festivals internationaux en Amérique du Nord et en Europe. Au moment de rentrer à la maison, à Montréal, le groupe est abasourdi et saturé. « Je me sentais un peu comme si j’avais la tête sous l'eau », dit Phillips.

Half Moon Run se voit récompenser au Québec du Félix « Album ou spectacle de l’année – Interprétation autres langues » au Gala ADISQ, puis du prix « International » au Gala de la SOCAN. Mais malgré l’élan de ce succès, l’écriture du deuxième album n’est pas facile. Ils consentissent à plusieurs sacrifices personnels pour le succès du projet. Des sacrifices pouvant sembler minimes vus d’une certaine distance, tel que dormir tous les jours dans une couchette à bord d’un bus de tournée à l’étranger, mais des sacrifices qui prennent soudainement de l’ampleur en créant une certaine distance avec leurs amis et colocataires à l’époque. La maison n’est plus la maison, pratiquer n’est plus ce que cela a été. C’est alors qu’ils décident d’emballer leurs instruments et de prendre le large avec leur fourgonnette de tournée, se laissant porter par le soleil qui les mène en Californie.

Sun Leads Me On, réalisé par Jim Abbiss (Adele, Arctic Monkeys), paraît à la fin de l’année 2015. Bien que l’on y retrouve une sombre mélancolie venant de Dark Eyes, AllMusic décrit l’album comme « une approche plus cosmopolite », tandis que Mojo affirme que « le décor est parfait ». L’extrait Turn Your Love est la première chanson de Half Moon Run à se hisser dans le Top 10 Alt-Rock de la radio canadienne, dans la liste A de la BBC Radio 1, à décrocher une première place sur Triple-J en Australie et à se voir certifier or au Canada. Son classement au sommet des palmarès radiophoniques au Québec lui vaut un prix No. 1 et un prix « Chanson populaire (anglophone) » auprès de la SOCAN.

Après avoir vendu près de 9.000 billets en moins de 45 minutes pour 4 spectacles à guichets fermés au Métropolis à Montréal au printemps 2016, Half Moon Run reprend la route et effectue plusieurs tournées mondiales pendant les deux années qui suivent. En 14 semaines, la formation participent à 14 festivals européens et remplit ses salles au Canada, aux États-Unis, en Australie et en Europe. Elle se retrouve également en nomination lors de l’édition 2016 des Prix Juno dans la catégorie « Breakthrough Group of the Year » et remporte au Gala ADISQ les Félix « Artiste québécois s’étant le plus illustré hors Québec » (2016) et « Spectacle de l’année – Anglophone » (2017). Quant à l’album Sun Leads Me On, il décroche une certification or au Canada.

En 2019, le groupe a sorti son troisième album: A Blemish in the Great Light. Produit par le légendaire Joe Chiccarelli (Frank Zappa, The Strokes, Sondre Lerche), l’album est une “expansion, ou peut être une évolution”, selon Phillips. “Cela a toujours été difficile de transposer l’énergie que l’on ressent en live sur scène, sur un album. Les casques, les micros, le matériel, ça change tout. Mais Joe a réuni tous les instruments dans une salle - presque tous - et a su trouver l’essence de cette énergie. Nous nous sommes plongés en profondeur dans certains styles que nous n’avions pas forcément explorés auparavant, en testant nos limites. Cela devient plus lourd et compliqué, mais également absurde.”

Les quatre musiciens ont utilisé cette interlude, depuis Sun Leads Me On, pour continuer à s’appuyer sur leur travail et leurs efforts bien plus que sur leur chance. Ils ont apprit à jouer de nouveaux instruments, lu, écouter, travailler seuls et collaborer avec d’autres artistes. « En gros, nous avons revu et revisité tout ce que nous savons sur la façon ‘d’être’ un groupe. C’est un peu comme si on recommençait du début » déclare Molander. « Bien entendu, les pratiques ont changé. Mais il y a quelque chose qui est vraiment similaire au bout du compte. Cela me rappelle une relation de couple, les gens changent et les relations qui durent sont celles qui évoluent avec eux. Les enregistrements sont comme des points de contrôle, plus que des identités autonomes en tant que telles. Tout ce que nous avons gagné individuellement depuis nos débuts est mis au service du groupe et de la musique. »

“Ce qui s’est toujours passé pour nous, “ déclare Phillips, “ c’est que lorsque nous écrivons de la musique ensemble et qu’au final on l’aime tous, on dirait un miracle. A chaque fois, je me dis “Je ne savais pas si on pouvait encore faire ça, je pensais que c'était fini pour toujours.” Mais ce qui a joué une part importante dans ce nouvel album est que nous sommes plus conscient de ce qu’on fait maintenant. On sait ce qu’on veut faire, et on sait qu’on veut le faire ensemble.“

A Blemish in the Great Light est sorti chez Glassnote le 1er Novembre 2019. L’album est nommé dans la catégorie Album Adulte Alternatif de l’Année aux Prix Juno 2020.